Grève générale de 1918, entre mythe et réalité

Un an après la Révolution d’Octobre, la Suisse a connu une grève générale le 12 Novembre 1918 dont les références ont plu ces dernières semaines, à l’occasion du centième anniversaire de la grève. Cette période est très riche en enseignement pour le prolétariat suisse. Je me focaliserai principalement sur la grève générale.

 

L’analyse de la bourgeoisie suisse est la suivante : le Comité d’Action d’Olten (CAO) s’est créé sur l’influence de la révolution bolchévik et spartakiste à venir, la grève générale a été une mobilisation qui aurait pu déboucher sur un pouvoir révolutionnaire. On trouve fréquemment à gauche des « théoriciens » qui disent que nous étions proches du grand soir. Ceci revient à une mauvaise connaissance de la direction du mouvement qui était majoritairement réformiste. Quelques semaines avant la grève générale, Fritz Platten (Révolutionnaire et ami de Lénine) quitte le CAO suite à des grèves et mobilisations victorieuses. Herzog (qui fondera le premier parti communiste suisse) est également expulsé du PSS pour avoir tenté de faire durer la grève des employés de banque.

 

Tensions politiques et sociales

 

Début Novembre 1918, les empires centraux s’effondrent et sont proches de signer l’armistice avec l’Entente. Dans cette débâcle militaire, une vague révolutionnaire socialiste déferle sur l’Europe pour en finir avec le capitalisme et la guerre. Lorsque les états-majors français, anglais et américains apprennent que le PSS et la JSS organisent à Zurich une manifestation de solidarité le 10 Novembre envers la Révolution d’Octobre, ils s’imaginent que la manifestation peut être transformée en révolution. Ainsi les états-majors de l’Entente font savoir au conseil fédéral qu’ils ne laisseront pas la Suisse devenir socialiste et n’hésiteront pas à intervenir militairement sur le sol helvétique. Le Colonel Sonderegger (responsable de l’armée dans la région zurichoise et futur fondateur dans les années 30 du Volksbund, parti fasciste) obtient donc du conseil fédéral le 5 Novembre la levée de 8000 soldats pour occuper militairement la ville de Zurich. Cette annonce tend la situation à Zurich. Le CAO se réunit face à cette annonce le 7 Novembre et proclame une grève générale de 24h agendée pour le 9 Novembre. La grève demande l’arrêt de l’occupation militaire de Zurich. Cette occupation est vue comme une attaque envers la classe ouvrière « victime de la faim et de la misère dues aux spéculateurs et accapareurs ». Le CAO précise cependant dans son appel que « Les ouvriers suisses savent que les méthodes russes ne peuvent être servilement copiées chez nous. » pour rassurer la bourgeoisie qu’aucune velléité révolutionnaire n’est présente. Les transports publics ne doivent pas être perturbés par la grève pour éviter d’effrayer le gouvernement.

 

La base veut la grève générale illimitée

 

Le 9 Novembre, les manifestations des grévistes sont empêchées par l’armée, qui suit un plan précis de son état major imaginant une prise de pouvoir par la JSS et l’aile gauche du PSS. Plusieurs coups de feu sont tirés à blanc. Au soir du 9 Novembre, l’union ouvrière zurichoise se réunit pour discuter de l’ordre d’arrêter la grève par le CAO. Par 257 voix contre 45, les ouvriers décident de poursuivre la grève car ils n’ont pas obtenu la fin de l’occupation militaire. Le CAO demande une entrevue avec le Conseil Fédéral le 10 Novembre qui lui sera refusé, le gouvernement ne voulant plus avoir de contact avec ces « agitateurs ». Ce même jour, l’UO zurichoise refuse de discuter avec le Conseil d’Etat zurichois et vote la prolongation de la grève. Les cheminots décident de se joindre à la grève le 10 Novembre, refusant de travailler avec des mitrailleuses pointées sur les rails. On discute de grève de solidarité dans le reste de la Suisse. Sentant que la situation lui échappe, le CAO lance son appel à une grève générale illimitée en reprenant 9 points du programme du PSS comme objectif. Le but est de ne pas perdre la face vis-à-vis d’une classe ouvrière qui fait irruption dans l’histoire suisse et un gouvernement que les socialistes rêvent de conquérir.

 

La suite et fin est plus connue, la Grève générale débute le 12 Novembre, 250 000 grévistes tentent d’occuper Zurich, Berne, Bale et Lausanne. De nombreux grévistes ne peuvent rejoindre les villes à cause de l’absence de trains, ce qui affaiblit le mouvement. De mini-manifestations de la petite-bourgeoisie suisse a lieu et quelques « gardes civiques » sont fondées pour exterminer ces « boclhéviks ». L’armée menace de faire feu et reprend les villes. Le 14 Novembre, le CAO appel à l’arrêt de la grève générale car sa poursuite serait contraire aux intérêts de la classe ouvrière. Le 15 Novembre, le travail reprend, la clase ouvrière suisse a montré sa force et sa détermination mais elle a souffert d’un manque d’organisation et d’une direction pratiquant le zyg-zag politique.

 

 

Brice Touilloux

27ans

Membre de la JS Fribourgeoise.

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