Initiative pour des transports publics gratuits dans le Canton de Fribourg

15.08.2020 - Léo Tinguely

Des transports publics gratuits à Fribourg

La mobilité est un enjeu crucial autant d'un point de vue social qu’écologique et économique. C'est porquoi, conjointement avec les sections cantonales des Jeunes POP, Jeunes SolidaritéS et Jeunes Vert-e-s, nous lançons une initiative proposant de rendre les transports publics gratuits dans tout le Canton et pour tout le monde.

Premièrement, cette initiative favoriserait l’égalité sociale dans un contexte où la précarité a augmenté à cause du COVID-19 ; la gratuité des transports publics permettrait d’alléger les dépenses des ménages les plus touchés par la crise. En effet, alors que le transport est devenu un bien de première nécessité, son prix reste restrictif pour une partie de la population. En 2009, 76% des Fribourgeois trouvaient les transports publics trop chers et les prix ont encore augmenté depuis. La gratuité des transports publics allégerait les dépenses des ménages de plusieurs centaines de francs par année pour les transports, notamment pour les familles nombreuses et les ménages à revenus modestes grâce au financement social qui est proposé, à savoir une hausse sociale des impôts (hauts revenus, fortune et/ou successions). Un libre accès aux transports publics donnerait plus de moyens pour l’intégration sociale de certaines catégories de personnes, en particulier les personnes âgées. Cela améliorerait la connexion entre les villes et les campagnes, notamment l’accès au marché du travail et aux écoles. La santé publique bénéficierait également de ce changement, avec une diminution des émissions de particules fines, des nuisances sonores ainsi que des accidents de la route. En Suisse, on compte chaque année 2’200 décès prématurés et 12'000 cas de bronchite aiguë chez les enfants dus à la pollution de l’air.

La transition écologique doit passer par un changement dans nos manières de se déplacer. En 2018, près de 16 millions de tonnes de CO2 ont été émises par les carburants, dont près des trois quarts par les voitures de tourisme, alors qu’en moyenne ces dernières ont un taux d’occupation de 1,56 personnes. La gratuité des transports publics permettrait de limiter ces émissions grâce à une diminution de l’utilisation des voitures individuelles et une augmentation de l’utilisation des transports publics. À Aubagne (France) par exemple, l’augmentation de fréquentation des bus a été de 170%, dont 63% au détriment de la voiture, 5 ans après l’entrée en vigueur de la gratuité des transports publics. Cela représente une diminution de 15 à 20% des voitures en centre-ville.

Économiquement, la gratuité des transports publics est tout à fait réalisable. En effet, deux tiers de leur coût sont aujourd’hui déjà subventionnés. Le surcoût occasionné, qui ne représenterait environ que 0.4% du PIB cantonal, serait payé par l’impôt général. Cependant, si cela avait été possible en respectant l’unité de matière, un financement par une hausse d’impôt sur les successions, sur la fortune ou sur les hauts revenus aurait été privilégié, si tant est que les bénéfices annuels élevés du Canton ne soient pas déjà suffisants pour le financer.

Cela présenterait également des avantages pour la population. Premièrement, des économies seraient réalisées sur les dépenses liées à l’achat des billets (automates, contrôleurs, administration etc.) qui représentent 5,3 millions de francs par an. De plus, le coût réel d’un trajet serait fortement diminué grâce à l’augmentation de fréquentation (-34% à Aubagne par exemple pour le coût réel d’un trajet). Cela permettrait également de créer de nouveaux emplois, grâce à une augmentation de l’offre nécessaire pour répondre à l’augmentation de fréquentation : à Dunkerque (France), près d’un quart de conducteurs supplémentaires ont été engagés suite à l’instauration de la gratuité des transports publics. D’un point de vue économique et touristique, le Canton serait plus attractif. Des économies seraient aussi faites grâce à une diminution des problèmes de santé liés à la pollution de l’air, qui coûtent chaque année 6,5 milliards de francs. Le nombre d’accidents de voiture, pour lesquels sont dépensés annuellement 9 milliards de francs, diminuerait également.

Au niveau pratique, la gratuité impliquerait une augmentation de l’offre de transport et donc une plus grande cadence horaire disponible pour les usagers. La suppression de tous les mécanismes d’achat et de contrôle de billets réduirait le temps d’embarquement et les retards. De plus, une réduction du nombre de véhicules sur la route permettrait au trafic d’être plus fluide. À Tallinn (Estonie), les embouteillages ont diminué de 15% en 1 an grâce à la gratuité des transports publics. Cette diminution des voitures en centre-ville faciliterait aussi le stationnement dans les parkings aujourd’hui pris d’assaut par les automobilistes (15-20% de fréquentation des parkings en moins à Aubagne).